Entendre numéro 165 : La créativité : outil d’apprentissage et de développement
Homo creativis
Par Marc Choquette, président de l’Association du Québec pour enfants avec problèmes auditifs (AQEPA)

La créativité… Les créateurs… Ces mots nous renvoient tout de suite aux artistes, aux écrivains, aux savants inventeurs, ces gens qui peuvent faire surgir de leur esprit, qui a l’air parfois un peu dérangé, des œuvres qui nous bouleversent, nous font rire ou pleurer, nous choquent et nous émerveillent. De Vincent Van Gogh à Jean-Paul Riopelle, d’Orson Welles à Robert Lepage, d’Orville et Wilbur Wright à Albert Einstein, de Jean-Sébastien Bach à Frank Zappa et de Ding à Dong, le mode de la création semble nous renvoyer à notre petite vie.

Pourtant… de quel prodige de créativité les parents doivent-ils faire preuve pour préparer, dans une année, trois cents et quelques soupers juste assez variés et appétissants pour que la progéniture ne proteste pas trop par des : « Ah non ! Pas encore du pâté au poulet ! ». Par quelle magie arrivent-ils à être au travail, à l’école pour le plus vieux, au centre de réadap avec le petit, au centre commercial pour trois paires de bas et le cadeau d’anniversaire de belle-maman qui débarque justement à la maison pour quelques jours ? Après un petit détour par l’aréna, faut pas oublier d’arrêter chez le nettoyeur – grosse réunion demain, c’est un cas de complet-cravate. Enfin de retour à la maison, tout le monde meurt de faim… Pourquoi pas un petit pâté au poulet du congélateur ? Y’a personne de parfait… On n’en mourra pas. Ne restent plus que les devoirs, les leçons, les bains… une petite brassée de lavage avec ça ? Finalement le silence s’installe, un peu de télé peut-être, ou un roman – cinq pages en trois jours – et un peu de sommeil. Combien ? Souvent pas assez, mais c’est pas grave, les vacances s’en viennent… dans six mois. J’ai lu récemment qu’Albert Einstein dormait dix heures par nuit. Quelle vie plate ! Il n’a jamais eu rien d’autre à faire que de trouver que E=MC2. La belle affaire !

Les parents créent, à chaque jour, quelque chose pour les enfants. Ils doivent en créer juste un peu plus quand ceux-ci vivent avec une surdité ou avec une autre différence.

Dans un tout autre ordre d’idée, ça prendrait des fonctionnaires drôlement créatifs pour, par exemple, convaincre le ministre de la Santé que les appareils auditifs payés par la RAMQ, dotés d’une technologie d’avant l’apparition du disque compact, pourraient être remplacés, à peu de frais à court terme et grands bénéfices potentiels à plus long terme, par des appareils de ce siècle-ci. Même chose pour le dépistage à la naissance et l’intervention précoce ou l’intégration d’un parent-ressource dans les équipes des centres de réadaptation. Juste un peu de vision, d’imagination, de créativité. On trouve bien des comptables créatifs qui réussissent à éviter l’impôt à des millionnaires. …

Le réveil sonne et c’est reparti. La douche en vitesse, le petit déjeuner, les lunchs – dépêche-toi, on va être en retard – et zut ! j’ai une maille à mon bas… L’« homo creativis », vous l’aurez constaté, est souvent une mère. Pour ma part, rassurez-vous, je cours moins, mes filles ont grandi. Ouf…